La collaboration comme catalyseur pour combler l’écart de compétences
La collaboration comme catalyseur pour combler l’écart de compétences
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée à laquelle de nombreuses industries en Amérique du Nord sont confrontées n’est pas un problème nouveau. Avec un nombre croissant de personnes approchant de la retraite, de sérieuses préoccupations émergent quant au volume grandissant de postes à pourvoir. À cela s’ajoute un paysage industriel en rapide évolution — comprenant des postes hautement techniques et de nouvelles technologies — ce qui rend les besoins des employeurs de plus en plus complexes.
De nombreuses entreprises recherchent des travailleurs possédant des compétences spécialisées ou une expérience avec les technologies émergentes, capables de soutenir la croissance et l’évolution de l’industrie. Toutefois, plusieurs programmes de formation traditionnelle offerts dans les collèges ou d’autres établissements n’ont pas toujours la capacité d’enseigner des champs de spécialisation aussi ciblés. Il en résulte un bassin de chercheurs d’emploi qui ne possèdent pas les compétences particulières exigées pour les emplois d’aujourd’hui — ni de demain.
Combler cet écart de compétences exige plus que de la formation traditionnelle — cela nécessite une collaboration unique. En partageant expertise, infrastructures et équipements, diverses organisations à travers l’Amérique du Nord (y compris des regroupements industriels, des firmes d’ingénierie-conseil, des syndicats et des centres de formation) repensent la façon dont la collaboration intersectorielle peut offrir aux individus une formation pratique, agile et recherchée, tout en répondant rapidement et efficacement aux besoins ciblés de l’industrie.
Des programmes collaboratifs pour faire progresser le soudage sous pression
Un exemple de partenariat ayant soutenu à la fois les apprentis soudeurs et l’industrie est le programme Filling the Gap : Advanced Pressure Welder Training Program, développé et offert en partenariat entre le CWB Group, la CWB Foundation et le syndicat International Brotherhood of Boilermakers (IBB). Mis en place en 2021 et financé jusqu’en 2026 par le Programme d’innovation en formation syndicale (UTIP) du gouvernement du Canada, ce programme vise à remédier à la pénurie de soudeurs spécialisés sous pression, dont dépendent plusieurs secteurs comme l’énergie et la construction.
Lors du lancement en 2021, Douglas Luciani, président-directeur général du CWB Group, déclarait :
« Il existe une pénurie de soudeurs détenant des qualifications en soudage sous pression pour combler l’écart et l’inadéquation actuels des compétences au pays… Grâce au généreux financement de l’UTIP, le CWB Group, en collaboration avec l’International Brotherhood of Boilermakers, améliorera la qualité de la formation offerte à nos travailleurs qualifiés. »
Le programme Filling the Gap offre huit semaines de formation intensive dans le domaine ciblé du soudage sous pression. Grâce à un mélange d’apprentissage en ligne (avec un contenu élaboré par le CWB Group et l’IBB) et de formation pratique dans les installations de l’IBB, les participants bénéficient d’un accès étendu aux équipements de soudage, de l’encadrement d’experts de l’industrie et de cheminements directs menant à des qualifications spécifiques en soudage sous pression, alignées sur les principales normes industrielles. Depuis son lancement, plus de 400 personnes ont été formées, et presque tous les participants ont obtenu un emploi connexe après la fin du programme.
Selon j’Amey Bevan, directrice de la formation nationale pour le Boilermakers’ National Training Trust Fund, le programme enseigne des compétences spécialisées auxquelles les étudiants n’auraient pas accès dans un apprentissage traditionnel :
« Le programme Filling the Gap offre une formation spécialisée, axée sur l’industrie, qui outille les soudeurs pour exceller dans des environnements très exigeants et de haute précision. En mettant l’accent sur des techniques avancées et des applications concrètes, le programme forme systématiquement des soudeurs prêts à l’emploi, répondant aux normes rigoureuses d’aujourd’hui. »
Les entreprises ayant embauché des diplômés confirment également l’efficacité du programme. Glenn Tardif, vice-président des opérations chez Edmonton Exchanger, explique :
« Le programme a entraîné des améliorations notables de la qualité des soudures et de la confiance des soudeurs. En tant qu’entrepreneur réalisant ses propres essais de soudage à l’interne, nous avons constaté une baisse marquée des échecs aux tests — maintenant sous la barre des 2 % — depuis le début du programme. Ce succès s’est aussi reflété dans notre travail sur le terrain, où la qualité globale des soudures s’est améliorée. »
Former les étudiants en fabrication avancée et en robotique
Un autre type de collaboration vise à développer les compétences recherchées par les entreprises manufacturières aux États-Unis. EWI, organisme chef de file en R-D manufacturière, et le Northland Workforce Training Center (NWTC) unissent leurs efforts pour permettre aux étudiants de se former sur des technologies de pointe tout en appuyant l’innovation d’EWI.
EWI a collaboré avec Northland Manufacturing, l’atelier-usine du NWTC, pour installer un robot collaboratif (cobot) soutenant à la fois la recherche appliquée et le développement de la main-d’œuvre. Ce partenariat permet aux ingénieurs d’EWI d’explorer et d’optimiser la façon dont les cobots peuvent charger et décharger des pièces des machines à commande numérique de manière sûre et efficace, fournissant ainsi des données et des informations précieuses aux fabricants intéressés par l’automatisation.
En plus de soutenir les essais et la recherche d’EWI, l’installation du cobot crée des occasions d’apprentissage pratique pour les étudiants du NWTC qui travaillent à temps partiel chez Northland Manufacturing. Les étudiants sont exposés à de véritables processus industriels et acquièrent des compétences en fonctionnement, en programmation et en dépannage de cobots — un domaine en forte croissance dans la main-d’œuvre manufacturière.
Dans le cadre d’une initiative distincte en 2024, EWI et le NWTC ont également mis sur pied un camp de formation pour les élèves du secondaire et les étudiants collégiaux, grâce au soutien financier de l’État de New York et de la subvention Build Back Better du département du Commerce des États-Unis. Ce camp a permis aux participants d’apprendre et de s’exercer sur des cobots, tout en contribuant à réduire l’écart de compétences dans le secteur manufacturier.
« Donner accès à des robots dans un environnement réel et pratique permet aux étudiants d’envisager de nouvelles voies professionnelles, influençant souvent leurs décisions en matière d’études, de formation et d’emploi. Comprendre comment les technologies d’automatisation influencent les flux de production prépare mieux la prochaine génération et accélère leur entrée dans l’industrie », explique Dan Vrana, chef d’équipe en automatisation chez EWI.
Dans le cadre du programme, les étudiants ont utilisé la plateforme de cobot Universal Robot (UR), leur permettant d’acquérir les compétences nécessaires pour passer et obtenir le certificat de base Universal Robot — une certification professionnelle reconnue dans l’industrie pour les opérateurs de cobots UR.
« Selon notre expérience, l’utilisation quotidienne de robots dans les milieux éducatifs s’est révélée transformatrice pour les étudiants comme pour les mentors, ouvrant la voie à des discussions significatives sur le rôle de la robotique dans la fabrication moderne, la capacité des opérateurs qualifiés à travailler aux côtés de nouvelles technologies pour demeurer compétitifs et les applications les mieux adaptées à l’automatisation », ajoute Vrana.
Ces initiatives uniques menées avec EWI comblent l’écart entre formation et industrie, préparant les étudiants à des emplois en forte demande tout en faisant progresser la mission d’EWI : stimuler l’innovation en fabrication.
Des partenariats intersectoriels gagnant-gagnant
Ces formes de collaboration réussissent lorsque chaque partenaire met à profit ses forces uniques. Par exemple, les regroupements d’entreprises peuvent fournir un aperçu des besoins et défis de l’industrie, ou un accès à des installations et à de l’équipement, tandis que les écoles et centres de formation peuvent recruter des participants et élaborer des programmes d’études. Ces partenariats intersectoriels donnent naissance à des programmes sur mesure, efficaces pour former les individus dans des domaines spécialisés afin qu’ils soient opérationnels dès leur entrée sur le marché du travail. En parallèle, les entreprises bénéficient d’un bassin de candidats compétents, prêts à occuper des postes émergents ou techniques et à soutenir les besoins futurs. Même des initiatives de petite envergure peuvent contribuer de façon significative à la productivité et à la croissance d’une organisation.
À mesure que les industries évoluent et font face à des pressions croissantes sur la main-d’œuvre, il devient clair que les modèles de formation traditionnels ne suffisent plus. Les dirigeants de tous les secteurs doivent dépasser les frontières institutionnelles et rechercher activement des occasions de collaboration qui alignent le développement de la main-d’œuvre sur les besoins réels du terrain. En travaillant ensemble, les organisations peuvent créer des programmes flexibles et ciblés qui évoluent avec la technologie et les exigences du secteur, contribuant ainsi à bâtir une main-d’œuvre plus forte et plus résiliente pour l’avenir.